12 mars 2026
Les eurodéputés ont débattu de la création du plus grand bassin d'énergie offshore au monde en mer du Nord. Un projet pour garantir l’indépendance énergétique de l’Europe, mais qui n’est pas sans conséquences pour la biodiversité marine.
L’éolien a le vent en poupe dans l’Union européenne (UE). La Commission a présenté devant les eurodéputés ce mercredi 11 mars 2026 le projet de faire de la mer du Nord le plus grand bassin énergétique au monde à l’horizon 2050. Ce parc éolien assurerait une production de 300 GW, soit cinq fois la puissance de l’ensemble des centrales nucléaires françaises. “L’éolien doit être une pierre angulaire de notre transition verte”, affirme Dan Jørgensen, Commissaire européen à l’Énergie. Un objectif réaffirmé par les chefs d’États et les ministres de l’Énergie présents lors du Sommet de la mer du Nord en janvier dernier, dans la continuité de la première édition en 2022.
L’UE mise sur ce parc éolien offshore pour produire une énergie plus verte et surtout indépendante vis-à-vis des puissances étrangères, notamment la Russie et les États-Unis. Un peu plus de quatre ans après la crise énergétique de 2022, l’Europe doit à nouveau faire face à une hausse des prix de l’énergie avec l’embrasement du Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran. Le prix du gaz a bondi de 30% en début de semaine dans la foulée de l’augmentation du pétrole. Il s’agit de “rester indépendant

Image d'illustration de l'éolien offshore. © Pixabay
par rapport aux prix volatiles de l’énergie”, a martelé Dan Jørgensen devant les eurodéputés. “Plus nous déployons l’énergie renouvelable, plus nous contribuons à une baisse du prix, et à l’indépendance énergétique.”
Un projet salué par les eurodéputés
Si l’extrême droite rejette le choix de l’éolien et de la transition vers les énergies renouvelables, le projet fait consensus à gauche comme à droite. Pour Renew (centre-droit) : “À chaque fois que l’on creuse une nouvelle turbine en mer du Nord, on est moins dépendant de Vladimir Poutine.” Du côté des Verts (écologistes), l’eurodéputé Michael Bloss insiste sur la proximité géographique : “La mer du Nord a du vent à revendre devant chez nous, c’est parfait.” L’absence de critique sur les atteintes à la biodiversité marine dans les débats n’empêche pas le Commissaire européen à l’Énergie de renvoyer la responsabilité aux États.
La biodiversité marine grande oubliée des débats
Pourtant, selon les chercheurs, faire pousser des éoliennes en mer du Nord n’est pas sans conséquence pour la préservation de la biodiversité marine.
Selon Sophie de Grissac, chercheuse en écologie des oiseaux marins, les parcs éoliens posent deux problèmes de taille pour les volatiles. Les fous de bassan, par exemple, risquent la collision : ils volent à basse altitude et chassent la tête baissée. Les guillemots de Troïl, et autres oiseaux marins plus sauvages, eux, subissent un effet “barrière”. Effarouchés par le parc, ils choisissent de le contourner dans leur parcours de migration, allongeant leur temps de vol et leur prenant plus d’énergie.
Des effets anecdotiques lorsqu'ils sont mesurés sur un seul parc, mais qui deviennent majeurs lorsqu’on les multiplie. “Plus on met de parcs éoliens, plus la surface est grande, plus on augmente les risques, détaille la chercheuse, il faut réfléchir en amont et penser en impact cumulé, et ça vaut pour tous les compartiments de la biodiversité ”.
Ces impacts interrogent sur le rapport coût/bénéfice d’un tel projet. Pour Sophie de Grissac, “ce serait moins compliqué si on construisait des éoliennes pour remplacer d’autres énergies. Là on en met juste pour en rajouter, dans ce contexte, c’est sûrement peu utile.”
Au-delà des problèmes de biodiversité, ce projet de bassin d'énergie offshore en mer du Nord ne permet pas d’atteindre les objectifs d’énergies 100% renouvelables de l’UE. Il ne signifie pas non plus la fin de l’usage des énergies fossiles par le Vieux Continent.
Alexia Sabatier et Thibault Schoepf