12 mars 2026
Pendant que la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran s’étend à tout le Moyen-Orient, le droit international déchire le Parlement européen. La gauche condamne l’illégalité de l’intervention alors que la droite ignore délibérément la question, encouragée par le silence de la Commission européenne.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, lors du débat sur la situation au Moyen-Orient, au Parlement européen de Strasbourg le 11 mars 2026. © Union européenne
« Non à la guerre, oui au droit international », a déclaré Iraxte García Pérez, présidente du groupe socio-démocrate (S&D) au Parlement européen, le mercredi 11 mars. La députée, alignée sur la position du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, a vigoureusement condamné l’opération militaire israélo-américaine lancée contre l’Iran le 28 février. « La guerre menée par les États-Unis et Israël, en Iran et au Liban est pleinement illégale en droit international », a également dénoncé Manon Aubry, co-présidente du groupe The Left, faisant notamment référence à la frappe sur une école à Minab en Iran et l’incursion terrestre israélienne au Liban.
La Charte des Nations Unies et les traités internationaux, mis en place après la Seconde Guerre mondiale, obligent les États à respecter certaines règles, telles que l’intégrité territoriale des États et l’interdiction d’effectuer des frappes directes sur des civils. « L’Europe doit se tenir aux côtés des peuples, pas des marchands de mort, ni des génocidaires », a affirmé Manon Aubry.
La Présidente de la Commission sous les feux des critiques
Dans le viseur des groupes de gauche : la Présidente de la Commission européenne. Depuis le début du conflit, Ursula von der Leyen prend position sur la guerre sans condamner les agissements israélo-américains, ni prononcer les mots « Israël » et « États-Unis ». Leur attaque a permis d’entrevoir la chute du gouvernement iranien, et cela seul importe, selon elle. « Durant des décennies, l’Ayatollah Khamenei a régné par la violence, l’oppression et la peur. Aucune larme ne devrait être versée pour un tel régime », a-t-elle proclamé dans l’hémicycle de Strasbourg.
La présence d’Ursula von der Leyen à la session plénière du Parlement européen est rare et sa position controversée. Lundi 9 mars, lors d’un discours aux ambassadeurs européens, elle a affirmé que « l’Europe ne peut plus être la gardienne de l’ancien ordre mondial ». Un propos interprété par les eurodéputés socio-démocrates comme un détournement du droit international. « La question n'est pas de savoir s'il est vieux ou nouveau. », a rétorqué dans l'hémicycle, l'espagnole Iraxte García Pérez. « Le problème est de savoir qui vous autorisez à violer cet ordre.»
Pour autant, les groupes de droite, en particulier le PPE, se sont alignés à la position de la Commission. « Cette attaque ne doit pas se transformer en une guerre complète pour la région. Nous devons lancer un appel pour protéger les civils et respecter totalement le droit international », a annoncé le député Jeoren Lenaers (PPE, droite), sans mentionner les agissements israélo-américains. Comme les conservateurs, il a souligné l’enjeu de la sécurité européenne, de la défense de Chypre et des répercussions de la guerre sur le coût de l’énergie. Le groupe libéral Renew Europe lui a emboîté le pas, bien que sa présidente, Valérie Hayer, ait insisté sur l’importance de la menace Donald Trump pour l’UE.
Un deux poids, deux mesures manifeste
Cette distanciation avec le droit international n’est pas inédite. « On accumule les entorses au droit international », explique Denis Bauchard, chercheur à l’IFRI. « Récemment, l’Europe a été particulièrement molle dans ses réactions, voire complaisante sur la guerre à Gaza comme celle en Iran ». Pour lui, le deux-poids-deux-mesures de l’Union européenne pose problème. « L’UE s'indigne de l'invasion par les Russes de l’Ukraine, mais pas de ce qui se passe actuellement contre l'Iran. C'est une politique qui va semer un chaos complet au Moyen-Orient », affirme-t-il.
Pourtant, cette stratégie n’est pas sans risques. « Cette posture, elle fait du mal à tout le monde, mais particulièrement à l’Europe », constate le géopolitologue Bertrand Badie. En position de faiblesse par rapport aux superpuissances, la défense du droit international lui assure une certaine autonomie, selon lui. « L’UE a fait du droit international sa marque de fabrique. Le jour où elle dira ‘le droit, je m’assoie dessus’, la voix de l’Europe dans le multilatéralisme ne comptera plus beaucoup », conclut-il.
Bertille Lietar