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Criminalisation de la gauche : Droite et extrême-droite s’allient au Parlement


12 mars 2026

Au Parlement européen, les groupes d'extrême-droite, soutenus par la droite (PPE), convoquent un débat sur les violences politiques attribuées à “l’extrême gauche”. Ils le justifient, entre autres, par la mort du militant néofasciste Quentin Deranque, qu’ils tentent de tourner en enjeu européen.

Sur 53 meurtres idéologiques commis depuis 40 ans en France, 48 sont le fait de l’extrême-droite contre 5 de l’extrême-gauche. Données tirées de l’ouvrage Violences politiques en France, du politologue Xavier Crettiez. © Enora Moreau

“La gauche, en Europe, a les mains tachées de sang”, fustige avec véhémence l'eurodéputée Les Patriotes pour l’Europe (PfE, extrême-droite) Afroditi Latinopoulou. Les prises de paroles des différents groupes d’extrême-droite s'enchaînent dans l’hémicycle quasiment vide du Parlement européen. Ce mardi 11 mars, en session plénière, un débat est à l’ordre du jour sur la montée des violences politiques, notamment de “l’extrême gauche”. Suite à la mort du militant néofasciste français Quentin Deranque survenue le 14 février dernier, le groupe PfE a insisté pour mettre cette discussion à l’agenda. Selon l’eurodéputé PfE Fabrice Leggeri, la tenue du débat a été possible grâce au soutien des coordinateurs PPE (droite), ECR (extrême-droite) et ESN (extrême-droite) qui auraient “choisi d’assumer leurs responsabilités”.

Un rejet de la gauche mais une union des droites

Dans l’hémicycle, l’extrême-droite est unanime dans son argumentaire : “Quentin Deranque” est cité comme martyr à chaque prise de parole. Il est parfois comparé à d’autres exemples internationaux comme Charlie Kirk, militant ultraconservateur tué en septembre dernier aux États-Unis. Les eurodéputés d’extrême-droite ciblent aussi les antifascistes. Ils évoquent même la possibilité de les répertorier sur liste noire au niveau européen. “Nous nous battrons pour que les organisations antifa soient reconnues pour ce qu’elles sont, des organisations terroristes”, assène notamment Marion Maréchal, eurodéputée française du groupe ECR.

Le PPE, groupe parlementaire majoritaire, se rallie à l’extrême-droite. Au nom du groupe, le député François-Xavier Bellamy vise “ces milices qui se disent antifa mais qui portent le fascisme”. Pour Nicolas Hubé, universitaire spécialisé en science de l’information et de la communication, cette alliance est significative : “Ils évaluent leur capacité à gouverner ensemble. C’est un test grandeur nature de l’union des droites [à l’échelle européenne].”

Lorsque c’est au tour de la gauche de prendre la parole, l’extrême-droite tente encore d’occuper l’espace. Les députés nationalistes rient, huent, ou crient. La gauche montre aussi un visage uni. S&D, Verts et The Left rappellent que la violence politique provient de l’autre côté de l'hémicycle. Matjaž Nemec, eurodéputé socialiste, affirme : “Dans ce débat nous parlons de violence d’extrême-gauche alors que c’est l’extrême-droite qui sape l’ordre politique et international.” Une idée approuvée par Marc Botenga, député The Left, qui déplore la volonté des conservateurs “d’inverser les choses, de présenter les coupables comme des victimes et les victimes comme des coupables”.

Un débat injustifié ?

L’extrême-droite légitime ce débat en se basant sur le rapport de 2025 d’Europol sur le terrorisme dans l’Union européenne. Fabrice Leggeri rappelle dans son communiqué que “21 attaques ont été attribuées aux mouvances d’extrême-gauche et anarchistes”. Des chiffres largement repris par les médias d’extrême-droite. Cette même étude établit aussi que, en 2024, 47 arrestations pour infractions terroristes dans l’Union européenne ont été imputées à la droite, contre seulement 28 à la gauche et aux anarchistes, ce qu’omet de préciser l’eurodéputé.

Au Parlement aussi, l’extrême-droite se focalise sur ses intérêts. Malgré l’absence de portée législative du débat, les nationalistes français ont intérêt à occuper cet espace. L’expert en communication explique : “Les partis politiques utilisent l'arène européenne à des fins nationales. Là, c'est un usage franco-français du Parlement.”

Pour donner encore plus de portée aux discussions, une minute de silence pour Quentin Deranque a aussi été proposée par les Patriotes. Une tentative “d’entretenir le feu de cet épisode” selon Nicolas Hubé, mais en vain : la majorité de l’hémicycle a refusé ce geste.

Enora Moreau et Axelle Lorans

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