À Strasbourg, la vie queer se décline entre événements festifs, culturels et associatifs. Rencontre avec trois étudiantes LGBTQIA+ qui partagent leur expérience.
Côté vie nocturne, de rares institutions, comme le Canapé Queer ou le plus récent Au Goût Doux, côtoient des établissements LGBTQIA+ friendly comme le Carmen Kamina, le Kalt ou le Molodoï. Les associations proposent des activités sportives (Olympqueer), des randonnées (Alsarando), du chant (Pelicanto) ou encore des espaces d’accueil et d’échanges (La Station). Mais pour les personnes concernées, vivre son identité queer dans la capitale alsacienne se revèle parfois délicat.
Segwo : « À Strasbourg c’est très culturel, mémoriel et engagé »
Segwo, étudiante de 23 ans en master d’anthropologie est arrivée dans la ville il y a un an. Après une licence à Lille, sa rencontre avec le milieu queer strasbourgeois l’a parfois déçue : « A Strasbourg, c’est très culturel, mémoriel, engagé. Et c’est très bien, mais j’ai parfois l’impression qu’il y a des codes précis à respecter, que les gens ont une image en tête, de ce qu’est un “bon queer”, une “bonne lesbienne”. Puisque je suis très féminine, on m’a parfois fait ressentir que je n’étais pas assez lesbienne. Le milieu queer strasbourgeois est parfois très performatif et assez peu familial. Lille par contre, c’était autre chose, c’était vraiment ma ville. J’y avais une vie très tournée vers la fête, le Drag, le Ball Room. A Strasbourg, les endroits à disposition des personnes queer, comme la Station par exemple, sont trop institutionnels, froids et tristes. On a besoin de se retrouver, de célébrer ensemble. Je suis très partisane de la fête. Mais à Lille il n’y a pas cette mémoire queer qu’il y a ici, l’aspect culturel et artistique est quasi inexistant. »
Naïla : « Je voulais faire du sport de façon politisée »
Naïla, elle, a 24 ans et étudie en deuxième année de master à Science Po. Elle est arrivée dans la ville en Septembre 2021. Originaire d’un “petit village”, elle a découvert une vie culturelle et militante riche à Strasbourg. Aujourd’hui, elle a rejoint une association de football queer, pour investir un nouveau champ de sa vie de façon politique. « Des lieux queers, il n’y en a jamais suffisamment. Quand je suis arrivée, ma découverte du milieu queer strasbourgeois s’est beaucoup faite à travers mes amis proches et mon engagement militant auprès de l’association féministe queer de Science Po. C’est là que je me suis fait des contacts, que j’ai découvert la scène drag aussi par exemple. Puis, j’ai rejoint le Collectif Diaspora, un collectif antiraciste et décolonial. Donc ce qui a constitué ma vie queer ici, ça a un peu été un mélange de tout : les amis, le militantisme, et maintenant, les “fouteureuxses”. Je n’avais pas fait de sport depuis longtemps et je voulais en faire de façon politisée. Tant d’aspects de ma vie le sont et au fond toutes les questions se croisent. J’ai rejoint les “fouteureuxses” il y a un an maintenant. C’est régulier, on a des entraînements, des matchs, des moments plus informels aussi. Ça me permet de faire du sport en me sentant “safe”, entourée de personnes qui partagent des intérêts communs. Ca m’a aussi permis de rencontrer, lors des tournois, et même à Strasbourg, des personnes que je n’aurais jamais pu rencontrer autrement. Côté vie nocturne, je ne suis pas une énorme fêtarde, donc ce que la ville propose me suffit totalement. Mais c’est certainement parce que je me suis constitué un cercle queer : je vis un peu dans ma bulle. »
Leïla (1) : « Même sur les applis de rencontre, on tourne vite en rond ! »
Leïla est une marseillaise âgée de 21 ans et arrivée à Strasbourg pour effectuer sa licence de Staps il y a un an. Elle regrette parfois la vie culturelle et artistique de sa ville d’origine. « A Marseille, il y a beaucoup plus de soirées queer. Des endroits, comme le quartier de la Plaine ou le Cours Julien, sont parfaitement identifiés. On sait qu’on va s’y retrouver entre personnes queer, l’aspect communauté est très présent, et facile à ressentir. A Strasbourg, je suis un peu déçue par l’offre. Le Cosmos a une super programmation : l’offre culturelle queer y est riche. Avec mes ami.e.s on sort dans des endroits qui organisent parfois des événements queer, des drag show, des débats ou des lectures. mais on a pas vraiment de QG. J’ai parfois l’impression d’être un peu à l’étroit. D’ailleurs, même sur les applis de rencontre, on tourne vite en rond ! »
(1) : prénom modifié à la demande de l’interviewé
Gaby Fabresse