Depuis sa création en 1997, l’association Aube rassemble à Strasbourg des personnes souffrant de troubles psychiques ou psychiatriques en leur proposant un lieu de rencontre pour briser l’isolement.
Dans la salle de sport Saint-Joseph située au cœur du quartier de Neudorf, Maxime Hoffner, coordinateur de l’association caritative Aube depuis 7 ans, a déjà commencé à disposer les coupelles sur le sol pour délimiter les terrains, où les filets sont d’ores et déjà mis en place. Dans ce lieu d’accueil et de loisirs on a mis en place le dispositif de Groupe d’entraide mutuelle à destination des personnes en situation de handicap psychique, un projet qui vise à les inclure dans les différentes activités proposées.
Comme chaque jeudi après-midi, entre 14 h et 16 h, ce salarié de l’association organise une séance de sport : « En général, il y a 8-10 personnes qui viennent régulièrement », précise t-il. Parmi eux, figure Caroline, atteinte depuis la naissance d’un trouble psychique. Adhérente active depuis plusieurs années, elle est la première arrivée sur place : «Chaque semaine, je m’inscris sur le cahier de présence de l’association », explique-t-elle
Les activités du jour : badminton et tennis de table, un programme qui ravit Caroline. Postée quelques mètres plus loin, déjà équipée de sa raquette, elle observe l’animateur qui peaufine les derniers détails avant de venir l’affronter. Pour la quinquagénaire, ce sera ping-pong. Dans cette discipline sa réputation n’est plus à faire : « Une fois, on m’a dit : “Et bah dis donc, Caroline tu cognes” (rires) [...] Ma mère était prof de sport donc ça aide », s’amuse-t-elle.
Place à l’échange
Il est 14 h 10, Maxime et Caroline se lancent enfin. Autour de la table, on n’échange pas seulement les balles de ping-pong, mais aussi des blagues et des anecdotes. « J’aime discuter avec les gens. Quand on m’entend, c’est bon signe, quand on ne m’entend pas, il faut se poser des questions », reconnaît la petite femme au grand caractère. Les deux pongistes sont rapidement rejoints par Marwane et Dominique qui se changent rapidement avant d’investir le terrain de badminton.
Tous les deux membres depuis près d’un an, les deux hommes ont intégré le GEM Aube sur les conseils de leurs médecins, qui les accompagnent l’un pour schizophrénie, l’autre pour dépression : «J’avais des problèmes personnels que je n’arrivais pas à résoudre et il pensait que je trouverais quelqu’un avec qui je pourrais parler. Ces activités sont importantes pour la plupart des personnes », se félicite Dominique, 76 ans.
Ce moment d’écoute et de partage, Marwane le retrouve également dans le groupe de parole calé chaque mercredi dans son emploi du temps. Après un match acharné contre Dominique, le jeune adulte prend un instant pour ajuster ses lunettes, avant de repartir à l'assaut du terrain de badminton. Plutôt réservé, il confie son envie d’intégrer le club de théâtre d’une autre GEM aux alentours.
Un lieu “qui leur appartient”
Instauré en 2005 par le Plan de Santé Mentale, le dispositif du Groupe d'entraide mutuelle invite les personnes handicapées psychiques et/ou cognitives à prendre des responsabilités au sein des différentes associations. Selon un recensement effectué en 2023 par l’Agence Régionale de Santé du Grand Est - qui participe également à leur financement -, la région compte désormais 69 GEM (réunissant plus de 3000 adhérents) dont 4 rien que dans la ville de Strasbourg.
« On veut leur permettre de retrouver du lien social et un rythme dans un quotidien où les médicaments peuvent les fatiguer énormément », explique Maxime Hoffner. S’il est chargé d'orchestrer les différentes activités de l’association avec les autres salariés, ce sont bel et bien les adhérent·e·s qui les font vivre. Certains membres ont même pris en charge l’animation de plusieurs activités comme l’atelier écriture.
Un principe cher aux salariés de l’Aube et réaffirmé chaque semaine lors de la réunion des adhérent·e·s. « C’est un temps où ils peuvent proposer des sorties, des activités [...] Le but, c’est vraiment d’avoir une organisation horizontale et que les décisions leur appartiennent », explique le coordinateur. Il est presque 16 h et le temps est venu de ranger la salle. Maxime commence à regrouper les affaires de l'association, sur le rythme des derniers coups de raquette échangés sur le terrain de badminton.
Kilian Robart