Ce mardi 15 septembre 2026, la Lituanie a annoncé que l’Otan avait abattu un drone russe qui survolait la veille son territoire. Une situation qui pousse à se questionner sur l’intérêt de l’utilisation de ces engins par la Russie et la difficile stratégie de défense de l’Union européenne. Decryptage.
L’Union européenne vit son lot d’incidents inédits. Depuis septembre 2025, la Russie intensifie les atteintes à l’intégrité des pays européens, franchissant depuis cet été, toutes les limites jusque-là connues de la guerre hybride qui les oppose. Deux avions de l’OTAN ont abattu un drone russe qui volait au-dessus de la Lituanie, dans la nuit du lundi 14 septembre 2026. Le lendemain, Copenhague a accusé Moscou d’avoir usé de deux fusées éclairantes à l’encontre d’un de ses hélicoptères en mer Baltique.
L’escalade du Kremlin
Il y a un an, en septembre 2025, des drones russes entraient dans l’espace aérien de l’Estonie, la Pologne et la Roumanie. Les aéroports de Copenhague et d’Oslo étaient survolés, entraînant leur fermeture pendant plusieurs heures. Un phénomène que l’Union européenne peine depuis à endiguer. En juillet, le International Institute for Strategic Studies (IISS) dressait les contours de cette tactique militaire. Entre août 2024 et février 2026, la Russie aurait mené près de 144 incursions par drones dans des pays européens membres de l’Otan, particulièrement à l’automne 2025.
La Russie n’a depuis de cesse de renchérir. L’attaque déjouée de drones à l’aéroport de Leipzig, le 4 août, était déjà une escalade considérable pour l’Union européenne. Plusieurs drones, dont un chargé d’explosif, avaient été découverts à proximité de plusieurs avions-cargos ukrainiens. La première attaque aussi directe, émanant de Moscou. Le survol de l’espace aérien de la Lituanie, dénoncé ce matin par le président Gitanas Nauseda, a entraîné l’intervention de la police de l’air de l’Otan. Une ligne que les alliés n’avaient jusque-là eu à franchir qu’une seule fois, à l'encontre d'un drone ukrainien qui s’était égaré en Estonie, en mai 2026.
Jouer avec les limites
Lorsque l’on parle d’attaques hybrides, on pense souvent aux cyberattaques, aux campagnes de désinformation et aux sabotages des câbles sous-marins, orchestrés par la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. Cependant, la réalité est plus complexe. D’après un rapport sur la protection de l’intégrité territoriale de l’Union, débattu ce mardi 15 septembre au Parlement européen, ces menaces incluent également « les incursions de drones, les violations de l’espace aérien, le sabotage d’infrastructures critiques […], les incendies criminels, les complots d’assassinat, l’instrumentalisation de la migration et la criminalité organisée. »
Comme le résume le Conseil de l’UE sur son site, ces attaques sont « conçues de manière à ce qu'il soit difficile de les détecter et de s'en prémunir et sont pensées pour rester en dessous du seuil qui pourrait constituer ou être perçu comme un acte de guerre ». Ce qui permet à la Russie de maintenir une épée de Damoclès sur l’Europe, sans jamais engendrer un conflit ouvert avec celle-ci.
Drones espions et engins de pression
Selon le rapport « Russia’s UAV Campaign Over Europe » de l’IISS, les drones russes survolent l’Europe à basse altitude avec deux objectifs. Alors que la Russie semble avoir perdu en capacité d’espionnage, les engins aériens sont « une solution idéale pour combler ce déficit de collecte d’informations et pallier les lacunes russes en matière d’imagerie spatiale par rapport à l’OTAN ». Ainsi, sur les 144 incursions de drones observées par l’institut, 48% visaient des zones militarisées, 26% des infrastructures sensibles et 18% des aéroports civils.
L’autre intérêt pour Moscou est de tester la résistance du soutien de l’Union européenne à l’Ukraine. Comme le précisait Elie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l’Ifri, suite aux attaques russes de septembre 2025, il y a un objectif « politico-stratégique de créer du stress, de voir quel est le niveau de solidarité […] et enfin de créer éventuellement une forme de confusion ou de friction entre les alliés sur la juste réponse à apporter. »
Un bouclier de sanctions européennes
Si la menace semble évidente, les moyens de défense de l’UE le sont moins. Depuis 2022, l’UE a surtout usé des sanctions pour interdire l’accès au territoire européen et geler les avoirs de certaines personnes ou entités russes ou alliées de la Russie. L’Union a ainsi adopté son 21ème pack de sanctions le 23 juillet, ciblant particulièrement les secteurs de l’énergie et des services financiers et des crypto-actifs russes. Mais les effets semblent limités.
Le problème pour l’Union européenne réside dans la difficulté à trouver une riposte efficace qui n’entraînerait pas une intervention démesurée de l’OTAN. L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord lie le destin militaire de ses membres, en prévoyant une défense collective et une assistance mutuelle en cas d’agression. Si le Conseil de l’UE a renforcé sa « boîte à outil hybride » le 16 mars 2026, son action s’est principalement concentrée sur la lutte contre la désinformation, les cyberattaques et les sabotages d’infrastructures critiques. La menace des drones n’y paraît pas explicite.
Depuis l’hémicycle de Strasbourg, Kaja Kallas s’est contenté de réaffirmer la stratégie de l’Union européenne, malgré l’actualité de ce mardi 15 septembre. La responsable de la politique extérieure de l’UE l’a résumée en cinq points : « dénoncer ces attaques », « sanctionner les instigateurs », « supprimer les financements à la racine », « démanteler la flotte fantôme » et « protéger l’espace d’information ». Un mantra que l’UE répète inlassablement depuis le début de la guerre en Ukraine et qui apparaît de plus en plus obsolète face à la surenchère de Moscou.
Bertille Liétar
Edité par Antoine Dana