À l’école Schoepflin à Strasbourg, sept enfants de maternelle auraient été victimes d’agression sexuelle par l’une de leurs camarades âgée de 5 ans. Après la décision du rectorat d’ouvrir une enquête administrative, la rédaction de Webex a recueilli deux nouveaux témoignages de familles de victimes.
Bras croisés, visages fermés, à 11 h 45 devant l’école Schoepflin à Strasbourg, l’émotion envahit toujours les parents d’élèves venus récupérer leurs enfants pour la pause déjeuner, ce mardi. Durant l’année scolaire 2025/2026, sept enfants de l’école maternelle auraient été victimes d'agressions sexuelles par une camarade de classe âgée de 5 ans. Il s’agit de la fille d’une enseignante du même établissement. Après la révélation de cette affaire dans les médias, le rectorat a annoncé, ce lundi, l’ouverture d’une enquête administrative et le déplacement de l’élève et de sa mère dans une autre école. La rédaction de Webex a recueilli deux nouveaux témoignages de familles d’enfants qui seraient victimes.
Sur le parvis de l’école, Magali*, venue chercher son petit-fils de 5 ans, livre avec effroi les faits dont celui-ci aurait été victime.
« À l’école, ils traînaient souvent ensemble avec cette petite fille. C’était même sa seule amie. Mon petit-fils est quelqu’un de très doux. Cette enfant-là avait beaucoup d’ascendant sur lui et les six autres filles. Plus grande en taille que les autres, elle avait une emprise sur eux et les menaçait de ne plus être leur amie s’ils ne se soumettaient pas. Notre petit-fils raconte qu’elle avait des endroits où elle isolait les enfants. Il nous a parlé des toilettes mais aussi d’un lieu qui s’appelait “l’endroit secret”.
Depuis, mon petit-fils a des problèmes d’incontinence fécale. Pourtant l’école nous disait : “C’est normal à cet âge-là de découvrir le corps de l’autre”, puis la directrice a même osé dire que c’était les parents les agresseurs. Aujourd’hui on vit ça très mal, c’est honteux de gérer la situation de cette manière. Ma fille réfléchit à le changer d’école. »
Rentrée en CP il y a quelques semaines, la fille de Louise* lui court dans les bras en sortant de l’école. Cette mère de famille, l’une des premières à avoir brisé le silence sur le sujet, accepte de témoigner.
« En octobre dernier, notre fille nous a fait remonter un événement. Elle nous a raconté qu’une de ses camarades lui avait fait s’allonger dans la cour, lui avait baissé sa culotte et lui avait touché les parties intimes. À ce moment-là, ce n'était pas une inquiétude majeure pour nous. On se disait que les enfants découvraient leur corps.
Mais après ça, il y a eu un an de silence. Elle nous faisait part d’un mal-être, elle avait des crises intenses qu’elle n’avait jamais faites auparavant mais elle nous disait qu’elle ne voulait pas en parler.
Un soir en fin d’année, après avoir eu des échos de problèmes dans l’école, on lui repose la question, et là elle nous raconte tout. Elle nous a livré des choses très précises, elle parlait de parties de l’anatomie que des enfants de 5 ans ne connaissent pas normalement. Elle évoque avoir essayé de l’en empêcher mais sans y parvenir. Elle a aussi tout mimé. Pour des parents, voir des choses comme ça, c’est affreux.
À ce moment-là, j’entame la difficile tâche d’informer les autres parents d’élèves. Mais nouvelle désillusion, je découvre que l’on est loin d’être les seuls à avoir fait des signalements auprès de l’école. Ça nous a donné l’impression que la direction a tout gardé en huits-clos, ce qui est très malvenu.
Dans cette situation, l’ensemble des parents d’élèves victimes portent énormément d'empathie pour cette enfant. Une enquête sociale a été déclenchée à la demande des parents. On pense que le changement d'école est une bonne chose car elle commençait à être stigmatisée au sein des élèves. »
*Les prénoms ont été modifiés pour cause d’anonymat.
Axelle Lorans