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14/02/12
19:29

"Il faut détruire l'UE telle que nous la connaissons"

L'eurodéputé Nikolaos Chountis, membre du Parti de la gauche unitaire et des verts (GUE/NGL), revient pour le Webex sur les conditions imposées à la Grèce et nous livre sa conception de l'Europe, bien éloignée des choix actuels.

Le Parlement grec vient de voter un plan de rigueur drastique alors que 100 000 manifestants protestaient contre ces mesures. Pensez-vous qu'un autre choix était possible?

Pour moi, comme pour mon pays, c'est clair: les conditions imposées par l'Union européenne sont très dures. Elles sont très dures pour le pays et pour le peuple grec. Mais, surtout, elles ne donnent pas la solution.

Le problème de la dette publique n'est pas spécifique à la Grèce. Il est commun à de nombreux pays de l'Union européenne. Imposer des mesures aussi drastiques à un pays n'est pas la bonne solution pour le résoudre. Ce qu'il faut, c'est changer le rôle de la Banque centrale européenne en lui permettant de prêter directement aux Etats. Et ce à des taux inférieurs à ceux du marché.

Aujourd'hui, le marché financier joue là-dessus: plus un pays est en difficulté, plus les prêteurs augmentent leur taux d'intérêt car ils savent qu'il n'a pas la possibilité de se tourner vers quelqu'un d'autre. Le résultat est flagrant en Grèce: en deux ans d'efforts, on n'a pas retrouvé notre solvabilité et nos problèmes se sont aggravés. Les choix qui sont faits ne sont tout simplement pas les bons.

Quelle serait alors la bonne solution?

C'est l'effacement de la dette grecque. Mais pas de la manière dont le propose aujourd'hui l'Eurogroupe. Le plan d'aide de 130 milliards d'euros qui devrait nous être accordé ne résoudra rien*: si on accepte cet argent, il ira sur un compte spécial à destination des banques et de nos créanciers privés. Mais il ne sera pas pour les Grecs. En fait, il va juste servir à rembourser nos anciens prêts. Et on va encore payer un long moment sans pour autant résoudre notre problème de dette.

Mais comment les créanciers publics et privés pourraient-ils accepter d'effacer la dette de la Grèce sans contrepartie?

La proposition faite par mon parti est de détruire l'Union européenne telle que nous la connaissons aujourd'hui pour reconstruire une Europe véritablement démocratique. L'argument que ce serait encore plus dramatique, notamment avec la fin de l'euro comme monnaie ne tient pas: avec la politique engagée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, on va vers la fin de l'euro.

Ils sont en train de creuser l'écart entre les différents pays de la zone euro. Et bientôt, il y a aura d'un côté les pays avec une monnaie forte, et de l'autre ceux avec une monnaie faible. La France et l'Allemagne ne cherchent pas à sauver la zone euro. Ils cherchent à sauver le marché et les banques.

Et puis, il faut être honnête: les leaders de la zone euro se préparent chaque jour davantage à une sortie de la Grèce. Pendant qu'Angela Merkel s'y dit opposée, il y a Wolfgang Schäuble (le ministre allemand des Finances, NDLR) qui pousse la Grèce vers la sortie.

Mais avant de faire ça, il faudrait songer aux problèmes que ca va poser pour les autres pays. Quand il n'y aura plus d'argent en Grèce, on ne pourra plus acheter les produits européens. Et cela va mettre encore plus en difficulté l'Italie, l'Espagne, et même la France, qui ne sont pas si loin de rejoindre la Grèce. En faisant le choix de l'austérité, on va tuer le marché européen. Et cela n'est une solution pour personne.

Propos recueillis par Marion Garreau

* Cet entretien s'est tenu avant l'annonce surprise de Jean-Claude Juncker déclarant que le plan d'aide de 130 milliards d'euros ne sera pas accordé mercredi, “les conditions n'(étant) pas encore réunies". Retourner à l'interview

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