Le billet du Webex
Le monde vacille et l’Union européenne est contrainte de le suivre dans l’inconnu. Derrière les déclarations d’usage affirmant la force et l’indépendance de l’Union, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, impose un “en même-temps” pour jouer avec les nouvelles règles internationales.
Dans l’hémicycle strasbourgeois, elle a défendu la lutte contre le réchauffement climatique et le développement de l’IA avec la même fermeté. Peu importe si leur coexistence demeure une chimère, ces “deux points de bascule” sont les défis de l’année à venir. Et si l’IA a le don “d’affecter profondément nos démocraties”, son développement dans divers secteurs permettra “d’améliorer la qualité de l’emploi” et de favoriser l’accès au travail pour tous. Le commerce n’est pas épargné. Le déficit commercial avec la Chine coûte “1 milliard d’euros par jour” à l’Europe, mais la cheffe de l’exécutif se targue d’avoir passé des accords de libre-échange “avec 80 pays”, quasiment tous plus exportateurs que importateurs.
L’adaptation est nécessaire, mais à quel prix ? Jean Monnet affirmait que l’UE s’était “construite dans les crises”. Celle de Ceuta prouve qu’elles peuvent aussi la déconstruire. Le mécanisme d’urgence proposé par la cheffe de la Commission permettra à l’UE de “déroger aux procédures standards” pour lutter contre l’immigration irrégulière. Tant pis si le droit international y perd le peu de plumes qui lui reste. “L’Europe aura toujours un rôle de premier plan sur la défense de ce système [international] fondé sur les règles, cependant nous ne pouvons agir seul pour protéger nos intérêts”, a affirmé la cheffe de l’exécutif, comme cela devient son habitude.
Il faut tout de même lui concéder une certaine réactivité face au nouvel ordre géopolitique. Face au tsunami d'incertitudes provoqué par Donald Trump, l’UE fait preuve de résilience, en accueillant son voisin canadien, bientôt “membre associé”. Une décision prometteuse pour ce pays et pour les 27. Résiliente aussi face au démantèlement américain de l’Otan, avec l’annonce d’un nouveau Conseil européen de la sécurité, pour affronter les menaces “de moins en moins hybrides” de la Russie .
“Notre Union n'a jamais été aussi forte mais peut sembler plus précaire que jamais. Ces deux affirmations peuvent sembler contradictoires mais sont toutes deux vraies”, a-t-elle déclaré. Ursula von der Leyen conserve des élans de lucidité.
Bertille Lietar et Clément Vaillat