Ce mardi 15 septembre, le tribunal correctionnel de Strasbourg a relaxé Gérard Simon, président de l'association des chercheurs de la chouette d'or, dans le procès en diffamation intenté contre lui par l’organisateur Michel Becker. Les solutions du jeu de piste, résolu en 2024, sont contestées par les passionnés.
« Mickey », « Météor » ou encore « Funambule » ont pris part à la chasse au trésor épique de plusieurs dizaines d’années, à creuser aussi bien leurs méninges pour résoudre des énigmes que des trous sur un vaste territoire. L'objectif : mettre la main sur une petite statue en bronze, enterrée dans le sol, afin de réclamer le pactole associé, une statuette de chouette en or, argent et diamant d’une valeur estimée à 150 000 €.
On pourrait imaginer le synopsis d’un conte pour enfants, sauf que cette histoire s’est bel et bien déroulée dans le monde réel, sous la forme d’un énorme jeu de piste, sorti tout droit de l’imagination de Régis Hauser, mieux connu sous son pseudonyme « Max Valentin ». Une aventure qui a tenu en haleine pendant plus de trente ans des centaines de milliers de « chouetteur·euses », nom donné à toutes les personnes ayant pris part à cette quête devenue légendaire, mais qui y a laissé quelques plumes dans un dénouement pas aussi “chouette” qu’espéré.
Un jeu qui a traversé les époques
Tout démarre en 1993, lors de la parution d’un livre intitulé Sur la trace de la Chouette d’or. Ce dernier regroupe les onze énigmes d’un mystérieux « Max Valentin », accompagnées des illustrations du peintre et sculpteur Michel Becker, qui imagine également la statuette. Mis en avant par les médias, le jeu de piste gagne en popularité et attire de nombreux·ses « chouetteur.euses », nom donné aux chasseur.euses du trésor. Au total, plus de 200 000 personnes auraient tenté leur chance pour déchiffrer les jeux de mots, codes et références de toutes sortes du créateur.
Avant sa mort en 2009, Max Valentin aura tout donné pour rester proche des chouetteur·euses et faire vivre sa chasse au trésor. Seul détenteur de toutes les réponses aux énigmes menant à la cache de la chouette, Max a semé de nombreux indices, appelées « madits », pour « Max a dit », aux chercheur·euses qui ont animé par leurs messages le serveur 3615 MAXVAL sur Minitel. Le lancement d’Internet dans les années 2000, bien loin de simplifier la quête des passionné·es, va au contraire multiplier les hypothèses, pointant tous les coins de France comme de potentiels lieux de la cachette de la récompense.
Michel Becker, figure contestée et attaquée
Après plusieurs années de turbulences, marquées notamment par la reprise de flambeau contestée de Michel Becker - qui a pu récupérer, en 2021, les solutions aux énigmes par l’intermédiaire des héritiers de Régis Hauser -, la quête reprend avec une saveur différente. Alors que l’annonce de la découverte du trésor, le 3 octobre 2024, aurait dû conclure cette histoire, de nouveaux chapitres continuent de s’écrire, cette fois devant les tribunaux. La présentation des solutions de la Chouette d'or par Michel Becker, à travers la sortie d'un film intitulé La Découverte de la Chouette d’or, diffusé en mai 2025, a révélé que la chouette avait été découverte à Dabo, en Moselle. Une cachette à laquelle la plupart des chouetteur·euses ne veut pas croire, tant le village mosellan a été fouillé au fil des années et tant les solutions apparaissent simples.
Face à ce final ponctué d’incohérences, l’association des chouetteur·euses (A2C0) conteste les solutions et porte plainte contre Michel Becker pour escroquerie en bande organisée et abus de confiance. Suite à l’enquête d’instruction, qui doit déterminer la tenue d’un éventuel procès, une enveloppe contenant les solutions des énigmes a été saisie par le juge d’instruction, en juillet 2026.
Une plainte à laquelle l’organisateur du jeu a répondu en attaquant pour diffamation Gérard Simon, le président de l’association. Ce mardi 15 septembre 2026, le tribunal correctionnel de Strasbourg a relaxé le chouetteur, considérant que ses propos relevaient de la liberté d'expression. Michel Becker a été condamné à verser 2 500 € à Gérard Simon ainsi que 2 500 € à l'association A2C0. Un organisateur de chasse plumé par des chouettes, assez singulier pour être souligné.
Kilian Robart