Alors que plusieurs scandales d’agressions sexuelles en milieu périscolaire ont émaillé l’année écoulée, en cette rentrée, les parents optent pour un mode de garde personnalisé qui se traduit par une montée en flèche de la demande de babysitters.
Il est 14 h dans l’agence Kinougarde de Strasbourg et les employées enchaînent les appels téléphoniques. « Oui madame, alors, je reviens vers vous pour notre contrat. Il s’agirait des gardes à la sortie de l’école et du collège… » et d’égrener les jours où les parents recherchent une solution. Ce genre d’appel est quotidien en cette rentrée scolaire dans les agences de gardes d’enfants strasbourgeoises.
« On note une hausse de 10 à 15 % des demandes »
« Oui, on a de la demande. Par rapport à l’année dernière, on en a plus, c’est sûr », témoigne Léna, de Kangourou kids, à Strasbourg. Et en effet, lorsque l’on surfe sur leur site, on tombe instantanément sur ce type d’annonces : « Recherche babysitter pour sortie d’école », à Brumath ou encore Hunspach. Chez Smartsitting, une agence nationale, on note une hausse de 10 à 15 % des demandes, quand cette augmentation tourne habituellement autour de 4 %, d’après une enquête menée par Le Parisien.
Depuis les scandales des agressions sexuelles commises par des animateurs sur le temps périscolaire, les demandes se sont multipliées. « Nous observons une augmentation de 48% de la demande par rapport à l’année passée pour la période de juin à août », confiait Barbara Desmarest, directrice générale d’O2 dans les colonnes de l’Alsace, le 14 septembre.
« Nous comptons quasiment le double de demandes, 92 % précisément », affirme de son côté Capucine Boulanger d’Happysitters, à nos confères du Parisien. « Au téléphone, certains parents nous disent explicitement qu’ils ont un problème de confiance dans le périsco. »
En mai, un sondage semblait déjà prédire cette tendance. L’étude Odoxa-backbone consulting pour Le Figaro révélait que 86% des parents craignaient que leurs enfants ne soient agressés à l’école ou dans le périscolaire. A Paris, 132 animateurs ont été suspendus en 2026, dont 52 pour des suspicions de violences sexuelles, selon les derniers chiffres de la mairie. Cette défiance ne touche évidemment pas que la capitale. Alice, mère de famille dans l’Hérault dit se « méfier davantage », comme elle l’a confié au micro de France Info. Mais certains parents refusent de tomber dans la psychose.
Dans la cour de l’école maternelle Les Mickele, à Strasbourg, Pierre 37 ans, évite de justesse un ballon en mousse rouge. Le fonctionnement de l’établissement repose sur la participation des parents hors-temps scolaire et il est venu surveiller les enfants sur sa pause méridienne. Il ne considère pas le babysitting comme la solution ultime. « Avec une baby-sitter, c’est pareil on n’est jamais à l’abri que la personne soit irréprochable », estime ce père de famille qui confie avoir confiance en le périscolaire. C’est aussi l’avis de Dorine, mère d’un petit garçon, venue en renfort sur son temps de pause. « La violence ce n’est pas une question de périscolaire, assure-t-elle, avant d’aller encore plus loin, Je pense même qu’il y a plus de chances que ça se passe bien dans ce milieu qu’avec une nounou. »
Jeanne-Esther Eichenlaub